J'ai 13 ans quand ma mère tombe dans une grave anorexie.Je le vois avant tout le monde,j'ai toujours été très lucide sur ce qui se passe autour de moi et ses 10 kg d'envolés en un mois,non,ce n'était pas normal.
J'avais beau le crier à qui voulait l'entendre,pourquoi croire une gosse de treize ans? Le verdict est tombé quelques semaines plus tard: anorexie restrictive.Mais c'était déjà trop tard. Il aura fallu six ans à ma mère pour se sortir de ça.Six ans,trois hospit,trois TS et j'en passe.Pendant six ans,je me suis battue à ses côtés,je ne l'ai jamais laissé tomber.J'étais d'ailleurs la seule...
J'ai assumé pleinement mon petit frère de 9 ans mon cadet jusqu'à en sacrifier toute ma jeunesse,j'ai encouragé,jour après jour ma mère à manger,même qu'une petite fourchette.Je l'ai sauvée de 2 de ses TS...Je me suis engueulée avec elle,parfois violemment pour qu'elle se voie enfin comme elle était:en train de mourir. Elle est tombée dans l'anorexie à 80 kg pour 1m72 et est tombée jusqu'à 42 kg.Elle devenait folle,me rejetait,s'isolait,se laissait mourir mais je n'ai jamais baissé les bras.Ca a fini par payer.
Pendant son anorexie,notre généraliste,un super médecin,ne cessait de mettre ma mère en garde: "A cause de vos TCA, votre fille a 50% de chances supplémentaires d'en développer à son tour,surveillez-la de près".
Quand ma mère m'a dit ça,je lui ai ri au nez, moi,tomber là-dedans alors que je souffrais tant qu'elle y soit?! Faire souffrir à mon tour ma famille?! Cinglé ce médecin!
Peu à peu, ma mère reprend du poids,non sans quelques petites rechutes mais elle prend. 45 kg,49,52,55. Puis,se sentant bien dans son corps,elle se stabilise.Elle est de nouveau belle,rayonnante,toujours fragile mais vivante. Mais c'est à mon tour de mourir à feu doux.
J'ai 18 ans.Dépression.Ma mère le voit et veut m'emmener chez un psy,je refuse.J'ai toujours violemment refusé. Je dors maximum 4h par nuit pendant 5 mois.Je suis blafarde,je pleure sans arrêt,je n'ai goût à rien,je m'isole.Mais pas de TCA. En 8 mois,m'appuyant sur mes amis et me faisant violence,je m'en sors. Mais quelques mois après,alors que le moral va mieux (même si j'ai toujours gardé une fragilité depuis) je commence les compulsions alimentaires. A l'époque,pour moi TCA = anorexie donc je ne suis pas malade.Les compulsions apparaissent par périodes.Je vais en faire 4 en une semaine puis aucune pendant deux mois et ça reviendra à nouveau. C'est un état latent qui dure de 2006 à fin 2007.
Mais début 2008,comprenant que mon comportement n'est pas normal,je commence à compenser par des régimes assez sévères.Et depuis,en gros,je ne fais que voguer entre anorexie pure et compulsions. Sauf que mes périodes anorexiques sont de plus en plus rapprochées et surtout de plus en plus sévères.Si avant je ne perdais que le poids du à mes crises,j'ai fini par perdre de plus en plus.L'été dernier,je suis allée jusqu'à perdre 5 kg en une semaine seulement. Personne n'était là chez moi,mon fiancé aussi en vacances et je travaillais.Facile de jeûner toute la journée.Une cata. Depuis,ce n'est que ça ma vie,anorexie-bnv-anorexie-bnv...
Mon plus gros problème,c'est ma totale incapacité à appeler au secours.J'en suis totalement incapable car j'ai déjà été "de l'autre côté de la barrière",je sais ce qu'engendre comme souffrance les TCA d'un proche...Je ne veux pas faire souffrir mon père ou ma belle-mère.Je préfère me détruire en silence.Ma mère ayant quitté la maison il y a 3 ans,elle ne se rend compte de rien. Il faut dire que comme je vogue sans cesse entre ano et bnv,mon poids reste assez correct,physiquement,ça se voit peu. Mais après 3 ans bientôt de TCA,mon père,je le sais,commence à se rendre compte quand je suis en phase anorexique.Il me lance des piques ou m'encourage doucement à manger.Il me surveille,me demande combien je pèse...Mais je pense qu'il joue la politique de l'autruche,comme il avait fait avec ma mère.Et moi,mon anorexie se fait de plus en plus sévère,mon dégoût de moi atteint des proportions impressionnantes. Je suis perdue,dans un gouffre sans fond.
Et j'avais pourtant juré à ma mère que non,je ne tomberais jamais dans les TCA...Et j'y croyais...